{"id":416,"date":"2025-01-22T11:23:47","date_gmt":"2025-01-22T10:23:47","guid":{"rendered":"http:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/?page_id=416"},"modified":"2025-01-22T11:28:05","modified_gmt":"2025-01-22T10:28:05","slug":"vagabondage-de-residence","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/vagabondage-de-residence\/","title":{"rendered":"Vagabondage de r\u00e9sidence"},"content":{"rendered":"<p>Ici, d\u00e9couvrez quelques textes \u00e9crits par Baptiste Cogitore lors de ses escapades autour de la Turmeli\u00e8re.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Du ch\u00e2teau de la Turmeli\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la maison de Julien Gracq \u00e0 Saint-Florent le Vieil, il faut compter un bonne quinzaine de kilom\u00e8tres. \u00c0 pied ou \u00e0 v\u00e9lo, on peut facilement longer la Loire en regardant le jour se lever droit devant soi. La lumi\u00e8re p\u00e2le, qui joue avec la brume, transforme les trognes de h\u00eatres taill\u00e9s en t\u00eatards en vieilles femmes tordues et vout\u00e9es sur des pr\u00e9s baign\u00e9s de ros\u00e9e. Le chorus des oiseaux enfle, gonfle, et transforme la promenade en symphonie\u00a0: accenteurs mouchet, grives et m\u00e9sanges forment un ensemble coh\u00e9rent, ponctu\u00e9 par l\u2019un ou l\u2019autre soliste\u00a0: pic \u00e9peiche, corbeau ou geai des ch\u00eanes qui s\u2019\u00e9gosillent \u00e0 s\u2019en casser les syrinx. Si on part t\u00f4t le matin \u2014 disons, vers sept heures, quand la lune brille encore assez haut dans le ciel d\u2019automne \u2014, on arrive dans le bourg de Saint-Florent vers dix heures et demie. C\u2019est trop t\u00f4t pour d\u00e9jeuner, mais d\u00e9j\u00e0 bien tard si on n\u2019a rien aval\u00e9 depuis le d\u00e9part. L\u2019id\u00e9al, alors, c\u2019est d\u2019aller manger une part de cake au citron et boire une tasse de th\u00e9 noir \u00e0 la librairie Parchemins, en feuilletant quelques bons livres. On croisera peut-\u00eatre, dans les ruelles en pentes du village, un vieil homme \u00e0 casquette qui fera imm\u00e9diatement penser au fant\u00f4me de Gracq. Puis, apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9 (Chez Paulette, par exemple), on repartira vers l\u2019ouest apr\u00e8s avoir franchi la Loire. Le chemin sera plus escarp\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019aller, plein d\u2019\u00e9pines et pour tout dire assez casse-chevilles. La vue sur Saint-Florent vaut la travers\u00e9e, bien s\u00fbr, mais apr\u00e8s, \u00e7a se complique. Longer la voie ferr\u00e9e sur six ou sept kilom\u00e8tres, merci bien. Et puis le final\u00a0: la retravers\u00e9e de la Loire, \u00e0 Ancenis, sur un pont \u00e9troit semblant tanguer au passage des poids lourds qui arrivent \u00e0 peine \u00e0 se croiser. Puis une route presque plus \u00e9troite encore, carr\u00e9ment mortelle, entre Les Fourneaux et le bas de Lir\u00e9-centre. \u00c0 \u00e9viter absolument. Surtout la nuit.<\/span><\/span><\/p>\n<p>Une journ\u00e9e de temp\u00eate, hier. Au ch\u00e2teau, plusieurs arbres du parc ont souffert des violentes rafales de vent (calcul\u00e9es, parait-il, \u00e0 plus de 100 kilom\u00e8tres par heure)\u00a0: ce matin, le s\u00e9quoia \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du domaine est quasiment coup\u00e9 en deux. Des tuiles du Logis \u00e0 mots sont \u00e0 terre, en morceaux. La toiture du ch\u00e2teau semble avoir tenu le coup. Hier, les feuilles faisaient comme des nuages de confettis. Les choucas et les ramiers avaient des airs de cerfs-volants, ne parvenant qu\u2019\u00e0 se faire emporter au hasard des bourrasques. D\u2019autres oiseaux, plus prudents, s\u2019\u00e9taient blottis sur une des corniches du ch\u00e2teau, au-dessus des ch\u00e9neaux. \u00c0 Saint-Florent, le fleuve n\u2019avait plus rien \u00e0 voir avec la douce langue de brume arpent\u00e9e avant-hier. Sous le pont du village, de grosses vagues s\u2019\u00e9crasaient d\u2019ouest en est, comme si le courant de la Loire voulait soudain changer de sens. Je suis rentr\u00e9 en voiture, face au vent, slalomant entre un tas d\u2019objets trop l\u00e9gers pour ne pas se faire emporter par les rafales\u00a0: couvercles de poubelles, chapeaux de chemin\u00e9es, seau en plastique\u2026 \u00c0 l\u2019entr\u00e9e de Lir\u00e9, le calicot pour les touristes annon\u00e7ant \u00ab\u00a0Mus\u00e9e Du Bellay\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Ch\u00e2teau de La Turmeli\u00e8re\u00a0\u00bb, d\u2019habitude tendu \u00e0 la verticale, flottait comme une vieille oriflamme d\u00e9chir\u00e9e, claquant dans l\u2019air\u00a0: rouge, blanche, mis\u00e9rable. Tout avait une dimension purement horizontale. M\u00eame la lumi\u00e8re.<\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>Hier, dans le creux du vallon, la rivi\u00e8re d\u00e9bordait largement. Le sentier qui la longe \u00e9tait lui-m\u00eame devenu un ruisseau rythm\u00e9 de petites cascades charriant leur lot de minuscules emb\u00e2cles (feuilles mortes, terre et brindilles). Au fil de la pluie quasiment ininterrompue de ces derniers jours, les Robinets ont cr\u00fb en Nil \u00e9talant sa boue sur les creux \u00e9vas\u00e9s du vallon, envasant les chemins de ses bords limoneux. Pourtant, hier encore, ce ruisseau enfleuv\u00e9 n\u2019avait rien d\u2019assourdissant\u00a0ni de torrentiel : aucun vacarme tonitruant \u2014\u00a0rien qu\u2019un son profond d\u2019\u00e9coulement tint\u00e9 d\u2019un discret glou-glou plus gai, plus lumineux, d\u00e9gouttant de lumi\u00e8re depuis le sentier qui monte vers les ruines. J\u2019ai avanc\u00e9 joyeusement dans la m\u00e9lasse, ravi d\u2019avoir pens\u00e9, cette fois, \u00e0 emporter mes bottes en caoutchouc. Sondant les sols mous, je me suis enfonc\u00e9 dans ce paysage nouveau et m\u00e9connaissable.\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p>J\u2019ai observ\u00e9 les traces dans la boue fraiche et je n\u2019ai rien vu du tout\u00a0: les flots avaient tout nettoy\u00e9, tout renouvel\u00e9. Quelle b\u00eate s\u2019amuserait \u00e0 venir se noyer ici\u00a0? Qui aurait besoin de boire au ruisseau, si tout le paysage se dissout en flaques et que les sentiers eux-m\u00eames d\u00e9bordent\u00a0? En t\u00e2tonnant dans la boue et l\u2019eau sale, j\u2019ai trouv\u00e9 mon initiative aussi bancale que ma d\u00e9marche. J\u2019ai n\u00e9anmoins install\u00e9 mes pi\u00e8ges photographiques dans un pli du ruisseau, l\u00e0 o\u00f9 les Robinets font un joli m\u00e9andre, presque une plage, quand la rivi\u00e8re est sage. Je manquais de rep\u00e8res\u00a0: le tronc o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais d\u00e9shabill\u00e9 pour mon bain de d\u00e9cembre \u00e9tait toujours l\u00e0, mais il en manquait une bonne moiti\u00e9, d\u00e9sormais aval\u00e9e par les flots bruns. Une mare nouvelle sourdait du sol, comme si le vallon s\u2019enfon\u00e7ait \u00e0 pr\u00e9sent dans l\u2019eau et manquait tout \u00e0 fait d\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9.\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p>\u00c0 peine ai-je eu fini de r\u00e9gler ma petite installation photographique que j\u2019ai entendu la voix de deux hommes surgir de nulle part, en amont, dans mon dos. J\u2019ai mis un certain temps \u00e0 me retourner\u00a0: je les pensais sur la rive en face, peut-\u00eatre deux chasseurs ou des \u00e9leveurs venus jeter un \u0153il \u00e0 leurs b\u00eates\u00a0? C\u2019\u00e9taient deux jeunes aventuriers assis dans un cano\u00eb gonflable, qui glissaient sur la rivi\u00e8re, tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise et royalement confiants. Un filet de sang s\u2019\u00e9coulait toutefois sur le nez du gar\u00e7on \u00e0 la proue, signe \u00e9vident qu\u2019il s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fracass\u00e9 sur un emb\u00e2cle ou s\u00e9rieusement \u00e9gratign\u00e9 \u00e0 une branche trop basse. Remis de ma surprise, je les ai salu\u00e9s et, avec leur autorisation, j\u2019ai voulu les prendre en photo. Ils se sont vite coinc\u00e9s contre un petit tronc d\u2019arbre en aval, barrant le lit dans toute sa largeur, quelques m\u00e8tres plus loin. Le courant a plaqu\u00e9 leur petit canot de travers, assez de force pour le faire basculer lat\u00e9ralement\u00a0: sans surprise, leur cano\u00eb s\u2019est rempli d\u2019eau en une demie seconde et les gar\u00e7ons se sont enfonc\u00e9s dans les Robinets jusqu\u2019au cou avant de se relever bravement, riant et s\u2019appuyant l\u2019un sur l\u2019autre en bons camarades. Le bless\u00e9 de la proue m\u2019a cri\u00e9, par-dessus le bruit de la rivi\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re que tu as pu nous prendre en photo au bon moment\u00a0!\u00a0\u00bb. M\u00eame pas\u00a0: mon appareil \u00e9tait encore sur le mode \u00ab\u00a0retardateur\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ici, d\u00e9couvrez quelques textes \u00e9crits par Baptiste Cogitore lors de ses escapades autour de la Turmeli\u00e8re. Du ch\u00e2teau de la Turmeli\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la maison de Julien Gracq \u00e0 Saint-Florent le Vieil, il faut compter un bonne quinzaine de kilom\u00e8tres. \u00c0 pied ou \u00e0 v\u00e9lo, on peut facilement longer la Loire en regardant le jour se lever droit devant soi. La lumi\u00e8re p\u00e2le, qui joue avec la brume, transforme les trognes de h\u00eatres taill\u00e9s en t\u00eatards en vieilles femmes tordues et&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/vagabondage-de-residence\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/416"}],"collection":[{"href":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=416"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/416\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":424,"href":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/416\/revisions\/424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/auteursenresidence-turmeliere.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=416"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}